Précédemment, j'ai eu l'occasion de partager quelques fruits de mon expérience et de mon éducation en matière de négociation.
Que ce soit pour illustrer des techniques de négociation comme celle de la porte dans la gueule ou encore des postures telles que l'ancrage excessif et enfin à travers la revue des profils type de négociateurs, dont le profil assertif.
Je ne peux que constater que l'époque semble vouloir à tout prix illustrer ces enseignements en dessinant une nouvelle tendance en matière de négociation.
→ Quelle est cette tendance ?
Nul besoin d'un gros effort de réflexion pour réaliser qu'un personnage incarne à lui seul cette tendance. Vous le voyez et l'entendez à longueur de journée sur vos écrans.
Celui qui entend diriger le monde en lui apprenant comment négocier.
Celui qui se targue de maîtriser l'Art du deal.
Ce qui me frappe, c'est qu'à lui seul, il me fait l'honneur de représenter la combinaison parfaite du négociateur utilisant la technique de la porte dans la gueule à travers l'expression d'ancrages excessifs en adoptant résolument un profil assertif.
Cette combinaison peut se résumer par la loi du plus fort. Plus qu'une loi. Un véritable trend (comme on dit maintenant) devenu aussi viral que sidérant.
→ Qui est le plus fort ?
A en croire les développements internationaux ou domestiques actuels, le plus fort est celui qui :
adopte immédiatement un profil assertif en déclarant très clairement ce qu'il veut ;
choque d'entrée de jeu sa ou ses contrepartie(s) avec une ou plusieures demande(s) excessive(s) voire, délirante(s), i.e., l'ancrage excessif ;
finit par obtenir quelque chose, même insignifiante par rapport à sa demande initiale, mais obtient quand même quelque chose en utilisant la technique de la porte dans la gueule.
→ Ça vous fait penser à quelqu'un ?
Si vous ne voyez pas, c'est que, tel Walden ou la vie dans les bois, vous êtes parvenu à un état de déconnection numérique total.
Bravo !
→ La loi du plus fort est-elle une fatalité ?
Non, car, comme j'ai eu l'occasion de le rappeler, le plus fort se trouve parfois confronté à la loi du plus faible. Celle de celui qui n'a pas d'alternative, ou plutôt, a pour seule alternative, la terre brûlée.
→ Mais alors, c'est quoi la loi du plus faible ?
C'est la loi de celui qui préféra la mort des négociateurs a un mauvais deal. La bombe H des négociations.
La loi de celui qui, aculé, préférera rien plutôt que tout lâcher. Celui qui n'a pas d'autre choix que le sacrifice devant celui qui veut lui casser le bras.
Les exemples sont multiples, aussi probants en temps de guerre qu'en négociation.
→ Comment sortir de cette équation, de ce jeu à somme nulle ?
Je vois deux réponses ou plutôt deux combinaisons possibles :
L'opposition ferme. Assertif contre assertif. Pas de provocation, mais une attitude ferme face au plus fort. Le fort n'est fort que si vous êtes faible car souvent, le fort, n'est fort qu'avec les faibles et faible qu'avec les forts. Le risque est que l'égo du plus fort, confronté à l'impasse, fasse le choix du pire, sans conscience des conséquences.
La négociation du temps. Comme dans presque tous les domaines, le temps est clé. Particulièrement en négociation, particulièrement avec le plus fort des négociateurs. Pourquoi ? Parce que, généralement, le plus fort est le plus impatient. Alors plutôt que de céder à tout par peur ou de tenter la loi du plus faible risquant de mener au chaos, pourquoi ne pas opposer au temps du plus fort, votre temps. Après tout, ce n'est pas vous qui êtes en demande alors pourquoi se presser ?
→ Comment appliquer la négociation du temps ?
Soyez conscient de ce qui se passe, observer le plus fort, décrypter son profil, sa posture et ses techniques.
Proposez-lui des alternatives out of the box sur un temps long, flattez-le d'avoir eu ces idées géniales, bref, épuisez-le, noyez-le. Au sens figuré, naturellement.
Utilisez les mêmes armes que lui. Le feu d'artifice. Pendant que, subjugué par ce festival, il focalisera son attention sur vos demandes folles, il ne vous verra pas venir, lentement mais sûrement, développer votre plan.
Mieux. S'il n'atteint pas son objectif, réel ou prétendu, il y a de fortes chances pour que, las, il passe à autre chose, ou à quelqu'un d'autre. D'un prix à un autre, d'un pays cible à un autre, d'un tarif a l'autre. Il ne s'agit pas d'une bataille après l'autre mais plutôt d'une bataille à l'autre.
Le chien finira par se mordre la queue.
Et vous, que faites-vous quand vous n'êtes pas le plus fort ?